Bâtir Autrement
Il y a 3 ans, je me présentais à la présidence du syndicat sous le thème «rebâtir». Bien que l’image du mouvement syndical, ne se soit pas améliorée récemment, je crois plus que jamais à son importance. J’admets n’avoir eu que peu de succès à rebâtir l’implication des membres dans notre section locale. C’est une déception majeure et certes une des raisons principales pour ne pas poser ma candidature pour un second mandat. L’authentique démocratie et la vraie solidarité sont hors de portés sans la participation de la vaste majorité.
Dans les conditions actuelles, beaucoup de nos membres ne sentent pas le besoin, l’intérêt ou ne prennent simplement pas le temps de s’impliquer dans le syndicat. Ils espèrent que les « bonnes personnes » se présentent et accomplissent le travail. Bien des membres ont contribué à cette noble cause, celle de faire valoir les droits et intérêts de nos collègues de travail. Je me dois de les remercier tous, autant ceux qui m’ont apporté leur aide et leur support, que ceux qui ont critiqué, autant ceux qui se sont impliqués ou ré-impliqués et qui ont pris un rôle, petit ou grand, que ceux qui ont démissionné. Durant ces trois ans, vous tous qui avez contribué, je vous remercie!
Mais la réalité du rapport de force qui prévaut actuellement, dans un environnement multinational, est largement favorable aux entreprises. C’est une bataille de tous les instants, que d’obtenir le respect de notre convention collective, de nos conditions de travail, et même de notre dignité… Sans l’implication du plus grand nombre, d’où le syndicat puise sa force, nous ne sommes plus pris au sérieux. Ce n’est pas réaliste de croire qu’il serait possible pour quelques individus de changer cette situation parce qu’ils ont été élus aux postes syndicaux. Le syndicat se compromet de plus en plus, semblable à un syndicat de boutique, il est subjugué par toutes les options de la multinationale. Même les gouvernements ne font pas le poids. A cumuler les insuccès, vos représentants s’usent, et s’ils n’abdiquent pas, ils y perdent leur crédibilité. Les plus déterminés vont jusqu’à risquer leur santé et/ou leur vie familiale.
La défense des travailleurs ça ne peut plus être que l’œuvre de quelques-uns localement, nous devons être tous unis globalement.
Compétitivité oblige, nous somme sous pression d’accepter des conditions inférieures ou de les transférer à d’autres, dans la société, via la sous-traitance ou par des clauses orphelins. Cette recherche incessante d’augmentation de la profitabilité se fait aussi au détriment de notre stabilité d’emploi via les emplois temporaires ou les mises à pied. En ne nous opposant pas, nous acceptons de faire aux autres ce que l’on ne veut pas pour nous-mêmes. C’est inacceptable de fermer les yeux en disant «ca ne m’affecte pas ». En fait, tout changement à nos avantages, nos bénéfices et nos conditions de travail peuvent faire des divisions intergénérationnelles et l’erreur est de croire que c’est dû à l’ancienneté. L’ancienneté n’est pas injuste, elle évite le favoritisme de l’employeur, reconnaît les années de contribution au succès de l’entreprise et assure qu’un jour ce sera notre tour. Nous avons su résister et ne pas accepter de donner un régime de retraite inférieur, à cotisations déterminées, aux nouveaux employés. Bravo! Avant d’accepter ces conditions, nous devons penser aux conséquences, comme s’il était question de les imposer à nos propres enfants. Nous comprendrons mieux, alors, ce que c’est une clause orphelin.
Pour le moment, on doit s’assurer de bien se prendre en charge, de s’auto défendre, à l’intérieur des équipes. Notre compétence et notre productivité nous donnent la seule autorité qu’il nous reste face à la Cie. En échange, assurons-nous du respect de nos droits et de nos intérêts. Je crois important de traverser cette expérience sur le plancher, avec vous.
Je pars en paix estimant avoir accompli un travail honnête au meilleur de mes capacités, mais mon objectif n’a pas changé: « rebâtir». Je vais simplement mettre mes efforts ailleurs et contribuer autrement. Je cède ma place pour reprendre ma liberté, afin d’agir sans contrainte et sans craindre de nuire à l’organisation ou aux personnes qui la composent. J’y crois! Nous rebâtirons, dans le respect et la solidarité. J’ai confiance que les élus poursuivront les mêmes idéaux et protègeront fièrement nos intérêts avec dévouement.
Paul D’Amico Président sortant